Une phrase d’un seul souffle, comme une note tenue. Une respiration contenue. Une apnée.
Dans cette œuvre singulière de Bernard-Marie Koltès, un homme tente de retenir, par tous les mots qu’il peut trouver, un inconnu qu’il a abordé au coin d’une rue, un soir.
Une œuvre écrite d’une seule longue phrase musicale, rythmée par l’urgence de la parole. La création cherche à mettre en écho les mots de Koltès et les phrases musicales du violoncelle, dans un travail où souffle, tension et écoute se répondent.
…tu te promènes n’importe où, un soir par hasard, tu vois une fille penchée juste au-dessus de l’eau, tu t’approches par hasard, elle se retourne, te dit : moi mon nom c’est mama, ne me dis pas le tien, ne me dis pas le tien, tu ne lui dis pas ton nom, tu lui dis : où on va ? elle te dit : où tu voudrais aller ? on reste ici, non ?, alors tu restes ici, jusqu’au petit matin qu’elle s’en aille, toute la nuit je demande : qui tu es ? où tu habites ? qu’est-ce que tu fais ? où tu travailles ? quand est-ce qu’on se revoit ? elle dit, penchée sur la rivière, je ne la quitte jamais, je vais d’une berge à l’autre, d’une passerelle à une autre, je remonte le canal et reviens à la rivière, je regarde les péniches, je regarde les écluses, je cherche le fond de l’eau, je m’assieds au bord de l’eau ou je me penche au-dessus, moi, je ne peux parler que sur les ponts ou les berges, et je ne peux aimer que là, ailleurs je suis comme morte, tout le jour je m’ennuie, et chaque soir, je reviens près de l’eau, et on ne se quitte plus jusqu’à ce qu’il fasse jour…